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COMPRENDRE L’ALPHABET GREC

Adapté d’une conférence donnée au Club des astronomes amateurs de Laval et à la Société d’astronomie du Planétarium de Montréal en collaboration avec Mario Voyer (Club des astronomes amateurs de Laval).

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Un nom donné, parmi tant d’autres…

Elle est bien belle cette étoile, mais comment s’appelle-t-elle? Plusieurs étoiles ont un nom propre — comme Rigel dans Orion, ou Véga dans la Lyre —, le plus souvent dérivé de l’arabe, ou parfois du latin.

Il y a toutefois certains problèmes avec les noms propres d’étoiles, comme par exemple l’orthographe qui varie d’un livre à l’autre (Véga ou Vega? Altaïr ou Altair?), ou la multiplicité des noms pour une même étoile (est-ce que η UMa s’appelle Alkaïd ou Benetnash?), sans compter les noms obscurs que l’on n’a pas nécessairement entendus avant (comme Peacock pour α Pav ou Avior pour ε Car, noms donnés par le Bureau de l’Almanac nautique de Sa Majesté en 1937) ou les erreurs de translittération ou de transcription (par exemple, R.H. Allen, dans son livre Star Names: Their Lore and Meaning, utilise la lettre ḣ (h avec un point suscrit) pour le son [x] ou «kh», mais au moins un livre (par Patrick Moore) transcrit erronément cela en «li» — probablement à cause de l’utilisation d’un logiciel de reconnaissance de caractères).

Un avocat pour régler ça

Johann Bayer (Rain, Donau-Ries, Bavière, 1572 – Augsbourg, 7 mars 1625) a étudié la philosophie à Ingolstadt à partir de 1592, puis est déménagé à Augsbourg pour travailler comme avocat – il y est éventuellement devenu conseiller légal du conseil de ville en 1612.

C’est pendant son séjour dans la ville où sont aussi nés l’autre avocat et astronome Julius Schiller (1580–1627); Léopold Mozart (1719–1787), le père de Wolfgang; l’auteur Bertolt Brecht (1898–1956); et Rudolf Diesel, l’inventeur du moteur qui porte son nom (1858–1913), que Bayer a développé un intérêt pour l’astronomie, science de la muse Uranie (Οὐρανία).

C’est du nom de cette muse que Bayer a pris le nom de son œuvre principale, l’atlas céleste Uranometria, publié à Augsbourg en 1603.

UranometriaCe n’était pas le premier atlas céleste, et ce fut loin d’être le dernier (il fut d’ailleurs reproduit en 1627 sous le titre de Cœlum stellarum christianum), mais Uranometria avait quelques points spéciaux :

Les désignations de Bayer

Grosso modo, le système de Bayer est simple : chaque étoile d’une même constellation est désignée par une lettre grecque, essentiellement de la plus brillante à la moins brillante – on a donc α pour la plus brillante, β pour la deuxième plus brillante, etc.

Il y a des exceptions – on y reviendra –, et le système est limité à 24 étoiles, puisqu’il n’y a que 24 lettres grecques (sans compter les accents et diacritiques, comme ό ou ώ, ou encore ἔ) : la solution de Bayer est d’utiliser des lettres latines minuscules; on a donc des noms d’étoiles comme s Carinae ou d Centauri.

Quand ce n’est toujours pas assez, Bayer utilise des lettres latines majuscules – la dernière utilisée est Q.

Pas toujours en ordre!

À strictement parler, l’ordre alphabétique ne correspond pas toujours à l’ordre de brillance des étoiles. Par exemple, dans Orion, α Ori (Bételgeuse) est un peu moins brillante que β Ori (Rigel); magnitude 0,45 contre 0,18. Même chose pour δ Ori (Mintaka), qui est moins brillante à 2,23 que ε Ori (Alnilam, 1,69) et ζ Ori (Alnitak, 1,70).

À strictement parler, l’ordre alphabétique ne correspond pas toujours à l’ordre de brillance des étoiles. Par exemple, dans Orion, α Ori (Bételgeuse) est un peu moins brillante que β Ori (Rigel); magnitude 0,45 contre 0,18. Même chose pour δ Ori (Mintaka), qui est moins brillante à 2,23 que ε Ori (Alnilam, 1,69) et ζ Ori (Alnitak, 1,70).

À strictement parler, l’ordre alphabétique ne correspond pas toujours à l’ordre de brillance des étoiles. Par exemple, dans Orion, α Ori (Bételgeuse) est un peu moins brillante que β Ori (Rigel); magnitude 0,45 contre 0,18. Même chose pour δ Ori (Mintaka), qui est moins brillante à 2,23 que ε Ori (Alnilam, 1,69) et ζ Ori (Alnitak, 1,70).

Il y a plusieurs raisons à cela : premièrement, Bayer n’a pas les instruments de mesure précis d’aujourd’hui, et ne peut donc pas déterminer exactement l’éclat d’une étoile donnée. Donc, Bayer classe les étoiles par tranche de magnitude (étoiles de magnitude 1, étoiles de magnitude 2, etc.) et «va au pif» là-dedans – parfois d’ouest en est (ordre de lever), parfois du nord au sud, parfois même en ordre mythologique ou d’ancienne polaire… et parfois même (apparemment) au hasard! On peut se demander s’il déjà observé le ciel pour vrai…

En fin de compte, il y a au moins 30 constellations pour lesquelles α N’EST PAS l’étoile la plus brillante! Même que de celles-ci, quatre n’ont carrément pas d’étoile α du tout :

Des pièges…

Quand l’Union astronomique internationale a déterminé les frontières des constellations en 1930 (plus de 325 ans après Uranometria!), certaines étoiles ont carrément changé de constellation.

Ainsi, δ Peg est devenue α And, et Pégase n’a donc plus aujourd’hui d’étoile δ; même chose pour γ Aur, qui est devenue β Tau, et γ Sco devenue σ Lib.

Comment l’écrire

Quand on écrit la lettre en grec, on doit utiliser l’abréviation de la constellation : α CMa et non α Canis Majoris.

Inversement, si on écrit l’abréviation de la constellation, on doit écrire la lettre en grec et pas son nom : α CMa et non Alpha CMa.

Si on écrit le nom de la constellation au long (cas génitif), on doit écrire le nom de la lettre grecque, avec une majuscule initiale : Alpha Canis Majoris.

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