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Page-titre du premier catalogue de Messier

Page-titre du premier catalogue de Messier. Photo © Pierre Paquette.

Charles MessierCatalogue Messier

par Pierre Paquette

Charles Messier présente à l’Académie Royale des Sciences, le 16 février 1771, ce qui deviendra le plus célèbre catalogue d’objets de ciel profond : un mémoire [1] intitulé

CATALOGUE
DES NÉBULEUSES
ET
DES AMAS D’ÉTOILES,
Que l’on découvre parmi les Étoiles fixes,
ſur l’horizon de Paris.
Obſervées à l’Obſervatoire de la Marine, avec différens inſtrumens [2]

(Astronomie‑Québec en propose une version électronique.)

L’histoire derrière ce qui sera plus tard appelé le « catalogue Messier » est ironique : Messier est un chasseur de comètes, et l’aspect de plusieurs objets de ciel profond ressemble souvent à celui des comètes. L’idée de Messier est donc de noter la position du plus grand nombre possible d’objets de ciel profond (les « nébuleuses », comme on les appelle à l’époque, ce qui inclut aussi ce que l’on nomme aujourd’hui « galaxies » et « amas globulaires »), afin d’éviter de les confondre avec des comètes. En fait, la liste de Messier en est d’une d’objets à ne pas observer !

La première parution du catalogue contient 45 objets. En 1780, dans la Connoissance des Temps pour 1783 (ci-après CdT), parait une version mise à jour et augmentée, Catalogue des Nébuleuſes & des amas d’Étoiles. La liste compte maintenant 68 objets, et deux autres sont mentionnés ailleurs dans la CdT.

L’année suivante, dans Connoissance des Temps pour 1784, Messier publie la version finale de son catalogue, qui compte maintenant 103 objets (les trois derniers n’ont cependant pas été observés par Messier, qui rapporte simplement les observations de son collègue Pierre Méchain). Cette version, qui inclut aussi une liste d’observations échouées par Messier d’objets rapportés par d’autres astronomes, de même que le catalogue de Lacaille des objets de l’hémisphère Sud, est réimprimée telle quelle dans la Connoissance des Temps pour 1787 en 1784.

Camille Flammarion indique en 1921 que Messier a ajouté une note manuscrite à sa copie de la CdT pour 1784, rapportant l’observation d’un objet additionnel dans la Vierge. Cet objet devient bientôt accepté par la communauté astronomique comme étant le cent-quatrième objet de Messier. En 1947, Helen Sawyer Hogg, une astronome canadienne, démontre aussi que Messier connait l’existence de cet objet, et probablement aussi celle de trois autres objets observés par Méchain et mentionnés dans une lettre qu’il a écrite à Johann III Bernouilli [1744–1807], alors astronome royal de Berlin, dans laquelle il mentionne aussi l’objet précédent (Messier 104).

Dans cette même lettre, Méchain indique qu’il a commis une erreur, et que l’objet 102 du catalogue de Messier n’est rien d’autre qu’une réobservation de l’objet précédent (101). D’autres — comme l’amiral William Henry Smith [1788–1865], dans The Bedford Catalogue: From A Cycle of Celestial Objects (1844) — considèrent que l’objet #102 ne se trouve pas « entre ο Boo et ι Dra » (Omicron Bootis et Iota Draconis), comme cela est imprimé dans la CdT, mais plutôt entre θ Boo et ι Dra : il se trouve là, en effet, un groupe de plusieurs galaxies, dont la plus brillante (aujourd’hui appelée NGC 5866) a très bien pu être aperçue tant par Messier que par Méchain avec les instruments dont ils disposent — les autres autour leur sont fort probablement inaccessibles. En conséquence, de nombreuses sources identifient plutôt Messier 102 à NGC 5866 plutôt qu’à une réobservation de Messier 101, mais Stephen James O’Meara établit que rien ne porte à croire que Méchain a tort ou qu’une erreur d’impression (ou de prise ou lecture de notes de Méchain) a pu se produire [3], et donc que Messier 102 DOIT être considéré comme une réobservation de Messier 101.

Entre 1953 et 1960, l’historien de l’astronomie étatsunien [4] Owen Gingerich remarque que la description de Messier 97 parle de deux autres objets voisins — même identifiés comme les numéros 98 et 99 dans les versions manuscrites préliminaires de Messier — décrits par Méchain, et ceux-ci sont à leur tour acceptés par les astronomes d’aujourd’hui comme étant Messier 108 et Messier 109.

L’addition finale au catalogue de Messier est un objet observé par Messier en 1773, mais au sujet duquel il n’écrit qu’en 1798 [5] :

Le 10 aout [1773], j’ai examiné, ſous un très bon ciel, la belle nébuleuſe de la ceinture d’Andromède, avec ma lunette achromatique, que j’ai fait groſſir 68 fois, pour créer un deſſin comme celui de celle dans Orion (Mém. de l’acad. 1771, pag. 460). J’ai vu celle que C. Legentil a découvert le 29 octobre 1749. J’en ai auſſi vu une nouvelle, plus faible, placée au nord de la grande, qui était diſtante d’elle par environ 35′ en aſcenſion droite et 24′ en déclinaiſon. Il m’a ſemblé étonnant que cette faible nébuleuſe ait échappé aux aſtronomes et moi-même, depuis la découverte de la grande par Simon Marius en 1612, parce qu’en obſervant la grande, la petite eſt ſituée dans le même champ du téleſcope. Je donnerai un deſſin de cette nébuleuſe remarquable dans la ceinture d’Andromède, avec les deux petites qui l’accompagnent [6].

Le catalogue de Messier n’est pas exempt d’erreurs ou d’incohérences. Outre la réobservation de Messier 101 mentionnée plus haut, mentionnons rapidement les cas des objets numéros 40, 47, 48 et 91. Mentionnons aussi que le NGC et le RNGC identifient NGC 2287 à Messier 14 plutôt qu’à Messier 41, et que sa position de NGC 2287 y est notée une minute d’ascension droite trop élevée.

Notes

[1]   Ce mémoire est publié en 1774 dans Histoire et Mémoires de l’Académie Royale des Sciences pour 1771.

[2]   Le caractère ſ est un « s long » : c’est ainsi que l’on écrivait la lettre s minuscule ailleurs qu’à la fin d’un mot — c’était même alors la seule façon d’écrire cette lettre —, depuis le temps de Charlemagne (742–814 ÈC) jusqu’à la Révolution industrielle.

[3]   O’MEARA, Stephen J. « M102: Mystery Solved », Sky & Telescope, Vol. 109, N° 3 (mars 2005), p. 78.

[4]   Nous utilisons le terme « étatsunien » plutôt que le terme « américain », car nous jugeons que celui-ci se rapporte davantage à l’Amérique en entier que seulement aux États-Unis d’Amérique.

[5]   MESSIER, Charles. « Observations Astronomiques, 1770–1774 », Connaissance des Temps pour 1801 [1798], p. 461. Nous avons ici une traduction libre de Charles Messier’s Catalog of Nebulae and Star Clusters de Hartmut FROMMERT et Christine KRONBERG, qui est une traduction (libre ?) de l’original de Messier.

[6]   Le dessin parait finalement en 1807, et porte l’inscription « Messier 1773. Petite Nébuleuse, plus faible » à côté de l’objet aujourd’hui nommé Messier 110.

 

© 2019 Astronomie‑Québec / Pierre Paquette