ACCUEIL CONFÉRENCES ARTICLES MAGAZINE HISTOIRE VIDÉOS CONTACT NOUVELLES ÉDITORIAUX LIENS ENGLISH

Facebook Twitter YouTube

Charles MessierCatalogue Messier

par Pierre Paquette

Charles Messier présente à l’Académie Royale des Sciences, le 16 février 1771, ce qui allait devenir le plus célèbre catalogue d’objets de ciel profond : un mémoire [1] intitulé

Catalogue des nébuleuſes et des amas d’étoiles,
Que l’on découvre parmi les Étoiles fixes, ſur l’horizon de Paris.
Obſervées à l’Obſervatoire de la Marine, avec différens inſtrumens [2]

Nous en proposons une version électronique ici.

L’histoire derrière ce qui sera plus tard appelé le « catalogue Messier » est ironique : Messier est un chasseur de comètes, et l’aspect de plusieurs objets de ciel profond ressemble souvent à celui des comètes. L’idée de Messier est donc de noter la position du plus grand nombre possible d’objets de ciel profond (les « nébuleuses », comme on les appelait à l’époque, ce qui incluait aussi ce que l’on nomme aujourd’hui « galaxies » et « amas globulaires »), afin d’éviter de les confondre avec des comètes. En fait, la liste de Messier en est d’une d’objets à ne pas observer !

La première parution du catalogue contient 45 objets. En 1780, dans « Connoissance des Temps pour 1783 » (CdT), parait une version mise à jour et augmentée, Catalogue des Nébuleuſes & des amas d’Étoiles. La liste compte maintenant 68 objets, et deux autres sont mentionnés ailleurs dans les CdT.

L’année suivante, dans « Connoissance des Temps pour 1784 », Messier publie la version finale de son catalogue, qui compte maintenant 103 objets (les trois derniers n’ont cependant pas été observés par Messier, qui rapporte simplement là les observations de son collègue Pierre Méchain). Cette version, qui inclut aussi une liste d’observations échouées par Messier d’objets rapportés par d’autres astronomes, de même que le catalogue de Lacaille des objets de l’hémisphère Sud, est réimprimée telle quelle dans le « Connoissance des Temps pour 1787 » en 1784.

Camille Flammarion indique en 1921 que Messier avait ajouté une note manuscrite à sa copie des CdT pour 1784, rapportant l’observation d’un objet additionnel dans la Vierge. Cet objet devient bientôt accepté par la communauté astronomique comme étant le cent-quatrième objet de Messier. En 1947, Helen Sawyer Hogg, une astronome canadienne, démontre aussi que Messier était au courant de l’existence de cet objet, et probablement aussi de celle de trois autres objets, observés par Méchain et mentionnés dans une lettre qu’il a écrite à Johann III Bernouilli [1744–1807], alors astronome royal de Berlin, dans laquelle il mentionnait aussi l’objet précédent (Messier 104).

Dans cette même lettre, Méchain indique qu’il a commis une erreur, et que l’objet 102 du catalogue de Messier n’est rien d’autre qu’une réobservation de l’objet précédent (101). D’autres — comme l’amiral William Henry Smith [1788–1865], dans The Bedford Catalogue: From A Cycle of Celestial Objects (1844) — considèrent que l’objet #102 ne se trouve pas « entre ο Boo et ι Dra » (Omicron Bootis et Iota Draconis), comme cela est imprimé dans les CdT, mais plutôt entre θ Boo et ι Dra : il se trouve là, en effet, un groupe de plusieurs galaxies, dont la plus brillante (aujourd’hui appelée NGC 5866) aurait très bien pu être aperçue tant par Messier que par Méchain avec les instruments dont ils disposaient — les autres autour leur étaient fort probablement inaccessibles. En conséquence, de nombreuses sources identifient plutôt Messier 102 à NGC 5866 plutôt qu’à une réobservation de Messier 101, mais Stephen James O’Meara a établi que rien ne portait à croire que Méchain ait eu tort ou qu’une erreur d’impression (ou de prise ou lecture de notes de Méchain) ait pu se produire [3], et donc que Messier 102 DOIT être considéré comme une réobservation de Messier 101.

Entre 1953 et 1960, l’historien de l’astronomie états-unien [4] Owen Gingerich fait remarquer que la description de Messier 97 parle de deux autres objets voisins — même identifiés comme les #98 et 99 dans les versions manuscrites préliminaires de Messier — décrits par Méchain, et ceux-ci sont à leur tour acceptés par les astronomes d’aujourd’hui comme étant Messier 108 et Messier 109.

L’addition finale au catalogue de Messier est un objet observé par Messier en 1773, mais au sujet duquel il n’écrira qu’en 1798 [5] :

Le 10 aout [1773], j’ai examiné, ſous un très bon ciel, la belle nébuleuſe de la ceinture d’Andromède, avec ma lunette achromatique, que j’ai fait groſſir 68 fois, pour créer un deſſin comme celui de celle dans Orion (Mém. de l’acad. 1771, pag. 460). J’ai vu celle que C. Legentil a découvert le 29 octobre 1749. J’en ai auſſi vu une nouvelle, plus faible, placée au nord de la grande, qui était diſtante d’elle par environ 35′ en aſcenſion droite et 24′ en déclinaiſon. Il m’a ſemblé étonnant que cette faible nébuleuſe ait échappé aux aſtronomes et moi-même, depuis la découverte de la grande par Simon Marius en 1612, parce qu’en obſervant la grande, la petite eſt ſituée dans le même champ du téleſcope. Je donnerai un deſſin de cette nébuleuſe remarquable dans la ceinture d’Andromède, avec les deux petites qui l’accompagnent [6].

Le catalogue de Messier n’est pas exempt d’erreurs ou d’incohérences. Outre la réobservation de Messier 101 mentionnée plus haut, mentionnons rapidement les cas des objets #40, 47, 48 et 91. Mentionnons aussi que le NGC et le RNGC identifient NGC 2287 à Messier 14 plutôt qu’à Messier 41, et que sa position (NGC 2287) et notée une minute d’ascension droite trop élevée.

Références

[1]   Ce mémoire sera publié en 1774 dans Histoire et Mémoires de l’Académie Royale des Sciences pour 1771.

[2]   Le caractère ſ est un « s long » : c’est ainsi que l’on écrivait la lettre s minuscule ailleurs qu’à la fin d’un mot, depuis le temps de Charlemagne [742–814 ÈC] — c’était même alors la seule façon d’écrire cette lettre — jusqu’à la Révolution industrielle. Nous privilégions toujours la façon originale d’écrire les textes, fournissant une transcription en alphabet latin moderne ou en français lorsque cela peut être difficile à comprendre ou pour les écritures étrangères comme cyrillique (russe), grec, arabe ou chinois, notamment.

[3]   O’MEARA, Stephen J. « M102: Mystery Solved », Sky & Telescope, Vol. 109, N° 3 (mars 2005), p. 78.

[4]   Nous utilisons le terme « états-unien » plutôt que le terme « américain », car nous jugeons que celui-ci se rapporte davantage à l’Amérique en entier que seulement aux États-Unis d’Amérique.

[5]   MESSIER, Charles. « Observations Astronomiques, 1770–1774 », Connaissance des Temps pour 1801 [1798], p. 461. Nous avons ici une traduction libre de Charles Messier’s Catalog of Nebulae and Star Clusters de Hartmut FROMMERT et Christine KRONBERG, qui est une traduction (libre ?) de l’original de Messier.

[6]   Le dessin paraitra finalement en 1807, et porte l’inscription « Messier 1773. Petite Nébuleuse, plus faible » à côté de l’objet aujourd’hui nommé Messier 110.



 

 

© 2017 Astronomie-Québec et ses collaborateurs · Tous droits réservés