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J’aimerais savoir, le ciel et l’espace…

ORIGINE DES NOMS DE CONSTELLATIONS

par Gilbert St-Onge et Geneviève Dufresne

Naomie, 7 ans
La belle Naomie.
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La question de Naomie, 7 ans : «Pourquoi on appelle la Grande Ourse et la Petite Ourse ainsi? D’où viennent ces noms?»

Historiquement, le ciel étoilé a joué un rôle important dans l’évolution des civilisations. On n’a qu’à penser aux premiers humains qui ont peuplé la Terre il y a bien longtemps. Ils ont pu voir des ciels très sombres, remplis d’étoiles. Les nuits très noires étaient surement source d’angoisses et d’incertitudes pour les humains; imagine tous les bruits que les arbres de la forêt peuvent produire, sous l’effet des vents par exemple!

Il y avait en plus les déplacements des animaux sauvages; ils devaient les entendre, ce qui ajoutait à leurs craintes. La Lune était alors la principale source de lumière nocturne, qui allait et venait, selon sa phase, réconforter un peu ces nuits sombres.

La Grande Ourse, par Marjolaine Savoie

Figure 1 · Une photo du «chaudron» de la Grande Ourse par Marjolaine Savoie. En hiver, la constellation peut être renversée sous l’Étoile polaire, juste à la limite nord des arbres. La Grande Ourse effectue un cercle complet autour du pôle nord à cause de la rotation de la Terre; on dit qu’il s’agit d’une constellation circumpolaire. Cliquer pour agrandir.

Image prise par Marjolaine Savoie, en photo argentique, à Saint-Valérien (Québec).

Carte de la Grande Ourse

Figure 2 · La constellation de la Grande Ourse. On peut voir les étoiles de celle-ci en arrière plan du dessin d’un ours, qui correspond assez bien à la figure de cette constellation telle qu’identifiée par les humains. Cliquer pour agrandir. (Dessin : G. St‑Onge)

Il y a longtemps que les humains ont pointé et identifié les étoiles les plus lumineuses du ciel; ils leur ont même donné des noms associés à leurs croyances et mythologies! Les regroupements suffisamment serrés d’étoiles les plus brillantes sont tôt identifiés en constellations qui peuvent représenter des objets, des figures mythiques, et des dieux associés aux croyances des peuples à l’origine de celles-ci.

Comme on vient de le voir, depuis longtemps les humains ont associé en constellations les regroupements d’étoiles les plus lumineuses du ciel. Ils ont même pu identifier certaines étoiles vagabondes; celles-ci se déplaçaient sur le ciel étoilé, sans avoir aucune appartenance aux constellations qu’elles traversaient. Ils les ont nommées selon les dieux de leur mythologie; ce sont les cinq planètes les plus lumineuses, visibles à l’œil nu : Mercure, Vénus, Mars, Jupiter, et Saturne.

On peut compléter cette section en soulignant toute l’importance du ciel étoilé dans l’évolution des premières civilisations, et encore pour certaines applications aujourd’hui! En résumé, l’évolution du ciel tout au long de l’année était suivie par des observateurs aguerris, entre autres pour déterminer les saisons. Pour les habitants de l’hémisphère nord, l’arrivée de certaines constellations — comme le lever du chasseur Orion — indiquait l’approche de l’hiver et du temps froid, tandis que l’arrivée d’autres constellations indiquait plutôt l’approche de l’été. Certains peuples pouvaient même savoir quand il fallait semer les champs et quand les récolter, en observant l’arrivée à l’est d’étoiles repères, comme Sirius du Grand Chien, la plus lumineuse du ciel nocturne. Pour les déplacements en forêt, le ciel étoilé permettait de s’orienter; l’Étoile polaire était bien connue et permettait des déplacements assez précis entre deux villages, par exemple. Celle-ci permettait aux marins de s’orienter et ainsi de bien diriger leurs bateaux sur les mers. Il y avait aussi, bien sûr, les mois lunaires (le cycle de la Lune autour de la Terre), qui servaient à comptabiliser le temps et les saisons; des calendriers lunaires ont été retrouvés dans les vestiges de certaines civilisations.

Comment trouver l’Étoile polaire
Figure 3 · La constellation de la Grande Ourse peut être utilisée pour trouver le nord. En utilisant les deux étoiles de l’avant du grand chaudron de celle-ci, tel que montré sur le dessin, on pointe directement vers l’Étoile polaire (une étoile de la Petite Ourse tout près du pôle nord), qui est sur cet axe à près de cinq fois la distance observée entre ces deux étoiles. Cliquer pour agrandir.

Certains évènements célestes ont probablement pu influencer l’évolution de l’humanité, en plus des prédicateurs astrologues qui croyaient pouvoir prédire l’avenir, on peut penser à certains phénomènes spectaculaires, tels l’apparition d’une comète, une chute de météorite, des aurores (boréales ou australes), des rapprochements planétaires sur le ciel, des supernovas ou des éclipses solaire ou lunaire. Ce sont des phénomènes qui ont pu jouer un rôle pour l’humanité dans des situations allant de l’évolution de l’agriculture juste qu’à influencer le résultat de certains conflits armés.

De nos jours, les constellations sont encore utilisées pour identifier les sources célestes, comme exemple, citons-en une, disons l’étoile alpha de la constellation d’Orion qui porte le nom de (Bételgeuse). On comprend qu’il s’agit d’une étoile de premier plan puisqu’elle est identifiée par la lettre grecque (Alpha) et que c’est une étoile de la constellation du chasseur Orion, mieux visible l’hiver sous nos latitudes.

Parlons maintenant des constellations de la Grande Ourse et de la Petite Ourse. Il s’agit de constellations situées très au nord; elles sont même visibles en toutes saisons à nos latitudes — on dit alors qu’elles sont circumpolaires. La Grande Ourse est composée de sept étoiles très intenses dont la disposition ressemble à un chaudron avec son manche. Elle était déjà répertoriée sur la courte liste de constellations de Ptolémée d’Alexandrie, il y a près de 2000 ans! Encore plus loin dans le temps, la mythologie grecque cite la Grande Ourse comme étant Callisto, une belle femme qui aurait été changée en Grande Ourse, et dont le fils Arcas a été changé en la Petite Ourse, par Héra, l’épouse du dieu Zeus. Chaque civilisation avait une interprétation différente de cette constellation aux sept étoiles, mais tous l’ont reconnue pour sa grande visibilité et sa place importante dans le ciel de l’hémisphère nord. La Petite Ourse est aussi composée de sept étoiles, mais celles-ci sont moins intenses et, par le fait même, plus difficiles à repérer dans des ciels lumineux. La Petite Ourse est la constellation qui contient l’Étoile polaire, au bout du manche de son chaudron. L’Étoile polaire est la plus intense que l’on peut observer près de la position du pôle nord céleste, mais elle n’est pas l’étoile la plus intense du ciel; elle est d’une luminosité plutôt semblable aux étoiles de la Grande Ourse, tout au plus.

Notre collègue Luc Descoteaux, spécialiste de l’observation des étoiles doubles, présente un texte séparé à propos de l’étoile la plus connue de la Grande Ourse, l’étoile multiple Mizar.

Carte de la Grande Ourse
Figure 4 · Voici une carte de la région qui provient du site de G. St‑Onge et L. Morin. Cliquer pour agrandir.

De plus, la constellation de la Grande Ourse et ses environs sont peuplés de plusieurs galaxies spectaculaires, dont la superbe galaxie spirale en interaction Messier 51, de même que Messier 81 et Messier 82. Pour avoir une vue d’ensemble des objets de ciel profond les plus connus de cette constellation, nous vous invitons à visiter une page descriptive de la Grande Ourse sur le site Web de Gilbert St‑Onge et Lorraine Morin.

Pour terminer, Yves Tremblay nous présente deux superbes galaxies qui sont associées à la constellation de la Grande Ourse, soit Messier 81 et Messier 109.

La galaxie Messier 81

Figure 5 · La galaxie Messier 81. L’image a été prise par Yves Tremblay, le 20 mars 2012, à Vaudreuil (Québec). Il s’agit d’une galaxie spirale située à près de 10 millions d’années-lumière de nous, dans la Grande Ourse. On peut la voir dans le haut de la carte (Figure. 4), un peu sur la droite.

Image prise par Yves Tremblay (http://myastrophoto.com/) le 20 mars 2012 à Vaudreuil (Québec) avec un télescope ATRC8 de 200 mm de diamètre à ƒ/8 (donc F = 1600 mm) sur monture EQ6. Le guidage a été assuré avec une caméra QHY5 sur un chercheur 9× 50 mm, aux 5 secondes. Caméra principale QHY9 monochrome avec filtres Baader LRGB. Captures individuelles L : 28× 300 s, bin1 (0,7″/pixel); RGB : 23× 120 s chacun, bin2 (1,4″/pixel). Le logiciel Maxim DL a été utilisé pour la capture, le guidage, la calibration, la pile sigma-clip, la déconvolution, et le DDP. Le logiciel Photoshop CS5 a été utilisé pour le «streching», la combinaison L+RGB, la réduction du bruit (NR), et d’autres ajustements.

La galaxie Messier 109

Figure 6 · La galaxie Messier 109. L’image a été prise par Yves Tremblay, le 14 mai 2015, à Vaudreuil (Québec). Il s’agit d’une galaxie spirale barrée dans la constellation de la Grande Ourse. On peut la voir dans le centre de la carte (Figure. 4). Cliquer pour agrandir.

Image prise par Yves Tremblay (http://myastrophoto.com/) le 14 mai 2015 à Vaudreuil (Québec) avec un télescope TPO Ritchey-Chrétien de 25 cm (10″) de diamètre à ƒ/8 (donc F = 2000 mm) sur monture EQ8. Le guidage a été assuré avec une caméra ASI120MM sur un chercheur 9× 50 mm. Caméra principale QHY9 monochrome avec filtres Baader LRGB. Captures individuelles L : 27× 300 s, bin2 (1,11″/pixel), R : 20× 120 s, G : 20× 180 s, B : 20× 240 s, tous en bin2. Les logiciels utilisés étaient Maxim DL pour la capture, PHD2 pour le guidage, et PixInsight pour le traitement.

Le commentaire de Naomie (7 ans!)

Ce qui m’impressionne le plus, c’est que les étoiles autour de la Grande Ourse forment un ours! En plus, cette Grande Ourse peut nous servir comme une boussole pour trouver le nord! Et je viens de découvrir avec mon père que la Grande Ourse et la Petite Ourse ont le même nombre d’étoiles de premier plan, soit sept étoiles chacune; c’est juste que la Petite Ourse a des étoiles de moins forte luminosité!

Merci beaucoup!

Naomie

Références

Contributeurs à Wikipedia. «Constellation», Wikipédia, l’encyclopédie libre, 16 mars 2016, 19 h 12 UTC, https://fr.wikipedia.org/wiki/Constellation

ST‑ONGE, Gilbert et Lorraine MORIN. «La Grande Ourse», La constellation de la saison (Printemps), http://www.astrosurf.com/stog/constellations/xgrourse/xgrourse.htm

DESCOTEAUX, Luc. «Mizar/Alcor et la Grande Ourse», Astronomie-Québec, Vol. 3, No. 1 (2014): 12–13.



 

 

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